Les règles européennes en matière de finance durable sont menacées: voilà comment votre argent peut encore changer la donne

0

La course est engagée au niveau mondial pour atteindre les objectifs climatiques et de développement durable. Les citoyens se demandent régulièrement comment mettre l’argent de leur épargne ou de leurs investissements au service de la transition vers une économie verte. La finance est souvent perçue comme un domaine technique et lointain, et pourtant l’allocation des capitaux – des plus grands investisseurs institutionnels jusqu’aux particuliers – peut avoir une influence considérable pour soutenir certaines activités et, au contraire, faire décroître d’autres secteurs.

Comment nos investissements se répercutent sur la transition ?

Les flux financiers ont un rôle important à jouer pour financer la transition vers une économie durable. Cela inclut l’épargne et l’investissement des ménages. L’argent qui se trouve sur les comptes d’épargne et d’investissement des citoyens ordinaires représente un formidable levier de changement.

Les ressources financières peuvent accélérer la transition essentiellement de deux manières:

  1. D’abord, elles peuvent financer directement les entreprises qui investissent dans des activités durables, comme les énergies renouvelables, la mobilité propre ou encore l’efficacité énergétique.
  2. Ensuite, elles donnent aux investisseurs le pouvoir d’influencer les pratiques des entreprises.

Cette influence peut s’exercer à travers un financement conditionnel : par exemple, des prêts à taux bas si les objectifs de développement durable sont atteints (appelés les prêts liés à la durabilité). Elle peut aussi se traduire par la mobilisation des actionnaires, qui peuvent se servir de leur vote au sein de l’entreprise pour la pousser à adopter des standards environnementaux et sociaux plus forts. Enfin, les actionnaires peuvent envoyer des signaux sur le cours des actions, incitant les investisseurs à se détourner de placements nocifs.

Beaucoup de gens oublient que leur argent aussi joue un rôle dans la transformation durable de notre économie, depuis la banque où ouvrir leur compte d’épargne à leur choix en matière d’investissements.

Votre épargne pourrait avoir un impact plus important

La banque que vous choisissez va déterminer les projets financés par votre argent. En effet, quand vous déposez de l’argent sur votre compte d’épargne, vous le prêtez en fait à votre banque. La banque vous verse des intérêts et utilise vos fonds pour financer des prêts et investissements avec de meilleurs rendements. Autrement dit, même si vous n’achetez jamais vous-même d’action ou d’obligation, votre banque investit votre argent. Les projets et entreprises qu’elle décide de financer peuvent soit soutenir, soit, au contraire, nuire aux objectifs environnementaux.

Certaines banques se sont engagées à arrêter de financer de nouveaux projets d’extraction fossile et à aligner leur politique de prêts avec l’Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement planétaire. Pour vous aider à choisir, il est donc essentiel que les banques publient de manière accessible leurs politiques de développement durable et leurs plans de transition, garantie que votre argent n’agit à l’encontre de votre engagement pour le climat.

Alors, comment savoir si votre banque soutient la transition écologique ?

Plusieurs outils existent, même si tous ont leurs limites. Les scores ESG, par exemple, permettent de comparer en un coup d’œil les performances environnementales, sociales et de gouvernance des entreprises et des banques. Mais ces scores ne se valent pas tous : certains mesurent l’exposition d’une banque aux risques de durabilité ; d’autres évaluent leur impact sur la société et l’environnement. En 2024, Finance Watch a œuvré à améliorer la transparence et la supervision des notations ESG, pour que les investisseurs puissent faire des choix informés, sans être trompés par des méthodologies obscures.

Vous pouvez aussi regarder le rapport annuel de durabilité de votre banque ainsi que ses politiques d’investissement. Bien qu’ils soient souvent longs et complexes, ces documents permettent de voir si une banque a adopté un plan de transition crédible et aligné avec l’Accord de Paris. C’est notamment pour cette raison que Finance Watch pousse pour la réforme à venir Omnibus I, mantienne l’obligation de publier ces rapports pour un large spectre d’entreprises.

L’écart invisible entre vos valeurs et votre portefeuille d’investissements 

Au-delà de leur épargne, de nombreux particuliers investissent, via des produits financiers tels que les fonds communs de placement, les ETF ou les plans de retraite. Ces dispositifs permettent à des petits investisseurs de regrouper leur argent et d’accéder à un large panel d’entreprises. Dans la plupart des cas, ce ne sont pas les individus eux-mêmes qui achètent des actions ; ils placent plutôt leur argent dans des portfolios gérés par des professionnels. C’est là que se pose une question clé : quelle est la stratégie du fonds d’investissement ?

Le Règlement sur la publication d’informations en matière de durabilité dans les services financiers (SFDR) a introduit l’obligation, pour les fonds qui disent intégrer des facteurs durables dans leur stratégie d’investissement, de rendre certaines informations publiques. Avec ces documents, les investisseurs peuvent savoir à quel point le portfolio du fonds est aligné avec la taxonomie verte de l’UE ; comment il prend en compte les impacts négatifs pour les humains et la planète ; quelle part de ses actifs sont considérés comme des investissements durables.

Malheureusement, à l’heure actuelle, ces publications sont souvent trop complexes et disparates pour que les particuliers puissent s’y retrouver. Il est difficile de savoir si un fonds qui se dit “vert” ou “ESG” finance réellement la transition ou s’il s’agit seulement de greenwashing. Finance Watch demande donc des règles claires, simples et harmonisées pour cadrer les publications d’informations en matière de durabilité, et ce pour tous les produits financiers. Tout investisseur a le droit de savoir où va son argent.

Oui, vous pouvez demander des conseils financiers alignés avec vos valeurs

Depuis août 2022, quand ils fournissent des conseils en investissement et des services de gestion de portfolio, les banques et les conseillers en investissement de l’UE doivent demander à leurs clients leurs préférences en matière de développement durable. En pratique cependant, le système reste peu lisible, car il s’appuie sur des critères SFDR mal définis et insuffisamment standardisés.

Chaque banque peut créer son propre questionnaire, fixer ses propres seuils et définir ce que signifient les “critères de durabilité standard”. Cette approche flexible affaiblit la crédibilité et la comparabilité des préférences en matière de durabilité sur l’ensemble du marché. C’est pourquoi Finance Watch appelle les régulateurs à harmoniser ces règles dans le cadre de la directive sur les marchés d’instruments financiers (MiFID) et de la directive sur la distribution d’assurances (IDD). Ces textes sont des pièces cruciales de la régulation financière européenne ; ils protègent les consommateurs quand ils reçoivent des conseils financiers, pour que chaque investisseur puisse exprimer clairement ses objectifs en matière de développement durable, et que leurs choix d’investissement soient cohérents avec leurs valeurs. La révision en cours de la SFDR est l’occasion d’adapter le cadre de transparence pour les investissements des particuliers afin de favoriser la simplicité, la compréhensibilité et la transparence.

Dans le cadre de la révision de la SFDR, Finance Watch plaide pour des règles plus simples et plus strictes en matière de finance durable : 

  • Publication d’un minimum d’information pour tous les produits financiers, pas seulement ceux qui se disent “verts” ;
  • De nouvelles catégories bien définies, avec des planchers clairs, de manière à ce que les investisseurs puissent identifier les options réellement durables ;
  • Mise en cohérence de la prise en compte des préférences en matière de durabilité.

Ces réformes donneraient les moyens aux investisseurs particuliers de prendre des décisions informées, en toute conscience. Elles permettraient aussi de s’assurer que la finance durable est réellement au service de la transition, plutôt que de ne s’en servir que comme d’un argument marketing.

Au sein de Finance Watch, nous plaidons pour des règles européennes plus fortes, nous exposons au grand jour les risques de greenwashing, et nous soutenons les citoyens qui exigent que leur argent serve l’intérêt général. Pour rester informés, suivez-nous sur X, Bluesky et Threads.

Vers des investissements de plus en plus verts

Finance Watch réclame des règles strictes et contraignantes pour éviter les pratiques trompeuses en ligne, protéger les consommateurs et assurer l’équité sur les marchés numériques de détail.

  • Si vous êtes un expert de la finance issu de la société civile, passez à l’action et rejoignez un réseau grandissant de particuliers et d’organisations qui œuvrent pour rendre la finance plus équitable et plus sûre.
  • Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières informations sur la protection des consommateurs et les investissements durables, ainsi que des invitations à nos événements et les coulisses de notre travail de plaidoyer.
  • Soutenez nos actions pour promouvoir des pratiques d’investissement plus transparentes et plus durables.
0 commentaire
Laisser un commentaire
0 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles associés

Recevoir notre newsletter

Recevoir nos nouvelles les plus importantes en français