L’euro numérique pour tous : ce qui va et ne va pas changer

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L’euro numérique pourrait proposer une nouvelle forme de monnaie publique pour les paiements de tous les jours. Cet article explique ce qui changera, ce qui ne changera pas et en quoi il pourrait être bénéfique pour les habitants de l’UE.

L’euro numérique est au cœur des débats à Bruxelles, qu’il soit question de politique numérique, de géopolitique ou de l’autonomie stratégique de l’Europe.

Mais pour beaucoup, la vraie question est : qu’est-ce que l’euro numérique changera dans la vie de tous les jours ?

L’euro numérique pourrait révolutionner les modes de paiements dans l’Eurozone. S’il ne remplacerait pas les services financiers proposés par les banques, il offrirait une nouvelle option de paiement électronique, plus accessible et moins dépendante de prestataires privés.

Pour bien comprendre l’euro numérique, commençons par ce qui changerait et surtout, ce qui ne changerait pas.

L’euro numérique expliqué simplement

Une monnaie publique sous forme électronique

Aujourd’hui, dans l’Eurozone, les espèces sont la seule forme de monnaie, émise par une Banque centrale, que nous pouvons avoir concrètement entre les mains. C’est la seule forme de monnaie qui est est garantie : votre capacité à utiliser des espèces ne dépend d’aucun intermédiaire privé, et elles sont toujours échangeables à leur valeur nominale.

Dans une économie de plus en plus digitale, la nécessité d’une monnaie numérique publique se fait de plus en plus sentir. C’est à ce besoin que répondrait l’euro numérique. Émis par la Banque centrale européenne, il offrirait une option supplémentaire pour les paiements numériques, en plus des services privés existants. Ce serait l’équivalent numérique des espèces.

Quelle est la différence avec l’argent sur les comptes en banques et avec les cryptomonnaies ?

L’argent détenu sur un compte bancaire est émis par une institution privée. S’il est réglementé et, de manière générale, sûr, il dépend en fin de compte de la stabilité du système bancaire.

Les cryptomonnaies, elles, sont des actifs numériques, créés par des particuliers ou des communautés open source. Elles ne sont pas garanties par des autorités centrales et sont souvent extrêmement volatiles.

L’euro numérique n’est ni l’un ni l’autre. Émis par la banque centrale, garantie par la puissance publique, il offrirait une option supplémentaire dans un système dominé par les prestataires privés de paiement numériques.

Nous ne sommes pas tous égaux face aux paiements électroniques

Bien qu’ils soient largement utilisés, les paiements électroniques ne sont pas accessibles de la même manière à tout le monde. Pour être en capacité de payer sous forme électronique, il faut généralement avoir un compte en banque, que le fournisseur permette l’inscription au service, ou encore répondre à des critères d’éligibilité, comme présenter certains documents, notamment d’identité.

Pour certaines populations vulnérables, il s’agit là d’obstacles concrets. Disposer de et conserver un compte en banque peut être difficile, voire impossible. Une étude de Finance Watch de 2024 a montré que dans certains pays de l’UE, près de 31% de la population de plus de 15 ans n’a pas de compte en banque. Cela s’explique notamment par le fait que  les comptes bancaires, y compris les plus basiques, font parfois l’objet de frais élevés.

Les prestataires de paiement font aussi payer des frais de transaction aux commerçants chaque fois qu’un consommateur règle via leur plateforme. Ces coûts sont répercutés aux consommateurs à travers des prix plus élevés pour les biens et services, ce qui impacte particulièrement les millions de personnes en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale dans l’Union européenne.

De plus, tous les moyens de paiement électronique ne sont pas acceptés partout, en particulier pour les petits montants, et les solutions actuelles peuvent ne pas fonctionner en cas de coupure de courant ou de cyber attaque.

Dans quelques pays européens, les règles actuelles autorisent même les commerçants à refuser les espèces, en toute légalité.

Tout cela dessine un sujet plus large, celui de la résilience des systèmes de paiement : il s’agit de réduire le nombre de situations où l’accès au paiement peut être problématique, et d’élargir l’éventail des moyens de paiement proposés aux utilisateurs.

En dépit des efforts de certains pour affaiblir l’euro numérique, celui-ci pourrait constituer une solution aux problèmes rencontrés tous les jours par des consommateurs dans toute l’Union européenne.

Comme l’infrastructure de paiement de l’euro numérique serait fournie par la Banque centrale européenne, les frais des commerçants seraient moins élevés que ceux que leur imposent aujourd’hui les services privés – un avantage pour les entreprises comme pour les particuliers.

Des comptes de paiement de base en euro numérique seraient proposés par des intermédiaires, offrant ainsi une solution qui changerait tout pour les personnes n’ayant pas accès aux services bancaires, quand le paiement en liquide n’est pas possible.

Une option de paiement à destination de toutes et tous

L’accès à une monnaie publique sous forme électronique ne devrait pas être soumis à des fournisseurs spécifiques ou à des conditions commerciales. C’est pourquoi l’euro numérique s’intégrerait dans l’infrastructure de base des paiements. Il serait accessible à tous les particuliers et toutes les entreprises de l’Eurozone, quel que soient leur lieu de résidence ou la localisation de leurs paiements.

Similaire au rôle que remplit l’argent liquide, l’euro numérique serait pensé pour s’intégrer à la vie de tous les jours, et son utilisation ne demanderait ni connaissances techniques ni expertise financière.

Dans ce sens, il doit être compris comme un service essentiel, comme les infrastructures publiques de transport par exemple ou la santé, qui sont censées être largement accessibles, et dont l’usage n’est pas limité à certains publics.

Comment fonctionnerait l’euro numérique ?

La manière dont les citoyens accèderont à l’euro numérique dépendra en fin de compte des dernières décisions législatives quant à sa conception, qui sont encore en discussion. Mais les propositions qui sont déjà sur la table donnent un aperçu de ce à quoi son utilisation pourrait ressembler dans la vie de tous les jours.

L’euro numérique serait utilisé via un portefeuille numérique, une application ou une carte de paiement, et serait conçu pour s’adapter aux usages existants. Ainsi, payer avec des euros numériques s’apparenterait à payer via une application bancaire mobile ou d’autres plateformes de paiement.

Il serait utilisable pour

  • Faire des achats en ligne et en magasin,
  • Envoyer de l’argent à d’autres personnes,
  • Recevoir des paiements, par exemple un salaire, ou un virement.

Pas besoin d’un compte bancaire classique

Les banques qui proposent des comptes de paiement auraient l’obligation de fournir des euros numériques, mais elles ne seraient pas les seules : des intermédiaires publics agréés permettraient aussi d’accéder à la monnaie numérique. Ces fournisseurs pourraient inclure des autorités locales et régionales et les bureaux de poste. Autrement dit, les usagers n’auraient pas besoin d’un compte bancaire.

Il faudrait alors fournir une preuve d’identité, et une procédure d’inscription et de vérification serait nécessaire, même si elle doit rester simple et accessible.

Accéder gratuitement aux services de base

Afin de favoriser l’inclusion financière, les services de base en euros numériques devraient être gratuits pour les utilisateurs, pour que les consommateurs puissent faire des paiements électroniques, sans être soumis à des frais ou à des conditions commerciales définies par les fournisseurs.

Les fonctionnalités d’accessibilité, comme la possibilité de gérer des transactions par commande vocale ou l’affichage en gros caractères, doivent rendre l’utilisation simple et facile, y compris pour les personnes âgées, en situation de handicap ou n’étant pas à l’aise avec la technologie.

Utiliser l’euro numérique hors-ligne

L’utilisation hors-ligne de l’euro numérique, sans connexion internet, devrait être possible. En stockant l’argent en local, sur des appareils électroniques, les utilisateurs pourront alors faire des paiements y compris pendant des coupures de courant temporaires ou dans des zones rurales où l’infrastructure numérique n’est pas fiable.

Sécurité et protection des données dès la conception

Dans une enquête à propos de l’euro numérique menée par le Bureau européen des unions de consommateurs, le BEUC, membre de Finance Watch, dans 10 pays de l’UE, une majorité de répondants ont fait part de leurs inquiétudes sur la protection des données personnelles, les fraudes et les escroqueries.

La Commission européenne assure que la monnaie numérique est conçue pour allier une sécurité robuste et différents niveaux de protection de la vie privée, en fonction des usages.

Pour les parties prenantes comme Finance Watch, un critère essentiel est la capacité de l’euro numérique à offrir une confidentialité similaire aux espèces pour les transactions hors-ligne et pour les paiements en ligne de petits montants.

Pour les paiements en ligne, les données personnelles seraient traitées par des prestataires de services, afin d’assurer la complétion des transactions et d’éviter la fraude et le blanchiment d’argent.

Pour les paiements hors-ligne, le niveau de confidentialité serait proche de celui des espèces. Comme c’est le cas lors d’un retrait d’argent à un distributeur, les intermédiaires n’auraient accès qu’aux données personnelles nécessaires au retrait et au dépôt depuis et vers un compte, et au téléchargement depuis et vers des dispositifs de stockage locaux. Ils n’auraient donc pas accès aux informations liées aux transactions.

La Banque centrale européenne n’aurait pas accès aux données des utilisateurs sur les transactions individuelles. Elle agirait sous le contrôle d’autorités de supervision indépendantes pour garantir le respect des règles européennes de protection des données.

Argent liquide et euro numérique : deux formes complémentaires de monnaie publique

L’euro numérique est pensé pour être complémentaire aux espèces, pas pour les remplacer. L’argent liquide continuerait à faire partie intégrante des modes de paiement au sein de l’Eurozone pour les personnes qui le souhaitent, et l’euro numérique ne changerait en rien son statut de monnaie ayant cours légal.

Le développement de l’euro numérique reflète simplement l’évolution des systèmes de paiement, et introduirait une nouvelle manière de payer avec de la monnaie publique, sous forme électronique, sans pour autant remplacer les méthodes de paiement existantes.

Concrètement, les usagers auraient plus de choix pour payer, en fonction de la situation : espèces, carte bancaire, virement ou portefeuille électronique.

Ce qui change ou pas avec l’euro numérique

En introduisant une méthode de paiement électronique, garantie par la puissance publique, largement disponible et utilisable à la fois hors et en ligne, l’euro numérique élargira le choix des usagers européens pour faire leurs transactions.

En complément des espèces et des services de paiement privés, il étendra le rôle de la monnaie publique au domaine numérique. S’il est adopté, l’euro numérique renforcera la résilience européenne face à des situations de perturbation des infrastructures numériques.

La disponibilité de l’euro numérique via des cartes de paiement physiques, fournies gratuitement – un point pour lequel des organisations comme Finance Watch militent – permettrait son utilisation par les personnes n’ayant pas de smartphone ou de connaissances technologiques, ce qui améliorerait considérablement l’inclusivité financière.

Ce qui ne changerait pas avec l’euro numérique, c’est l’existence des méthodes de paiement actuelles. L’argent liquide continuerait d’être largement utilisé et accepté. Les services de paiement privés feraient toujours partie du paysage. Les banques commerciales offriraient toujours les services financiers qu’elles proposent actuellement.

En résumé, l’euro numérique n’a pas vocation à remplacer les méthodes de paiement que nous utilisons aujourd’hui, mais à offrir une option supplémentaire, qui rendrait les paiements plus accessibles et plus résilients.

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Robert Nosker, Finance Watch

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